Au buffet des mélancolies

Au buffet des mélancolies

Je pense avec un verre à boire

Aux trains que je n’ai jamais pris

A celui venu jusqu’ici

Me laissant perdu au comptoir.

 

Au buffet des banquettes usées

Je mange un long saucisson beurre

Je mâche triste et fatigué

Le pain des regrets et des leurres

Le jaune rance des amours fanés.

 

Au buffet d’une vieille gare

J’écris des vers au goût amer

Sous les volutes des cigares

Qui mêlent leurs cercles éphémères

A mes souvenirs qui s’égarent.

 

(poème extrait du recueil à paraître fin 2018)

Frères de bar

 

Frères de solitude et de bar

Ils noient leurs larmes dans des verres

Ils fuient les rivages amers

Où le chagrin est à l’amarre.

 

Frères de bitures et de nuits nues

Ils coulent ensemble dans l’alcool

La détresse de cœur qui les tue

La tristesse d’âme qui les vérole.

 

Frères de malheurs et de poivrades

Ils boivent jusqu’au bout d’une vie

Qui n’offrit que des barricades

A leurs désirs, à leurs envies.

 

Au buffet de la lune

Au buffet de la lune

J’aimerais tant m’asseoir

Près d’un café qui fume

D’un croissant jaune et noir.

 

Au café de l’étoile

D’un berger de Padoue

J’écrirai les mots doux

Que mon âme dévoile.

 

Au bar de la voie lactée

Je noierai la détresse

Dans des bocks de Guinness

Des poèmes raturés.

 

Au cabaret de la Grande Ourse

Je chanterai à tue – tête

Les refrains bus aux sources

De mon âme poète.

Hildegarde

Monte à ma tête au creux du soir

Un air de jazz mélancolique.

Un vieux buffet de rouges briques

Allume ses néons dans le noir.

 

Je me souviens du vieux Füssen

De la fille aux cheveux de lin

Qui accueillit contre ses seins

Mon corps puceau enfin en veine.

 

Comme une liane aux doigts de louve

Elle enserra mon cœur battant

Dans un étau d’émoi levant

Un fourreau doux d’amour qui couve.

 

A l’heure où la vieillesse sonne

Me revient la douce bavaroise

Dont la bouche sucrée framboise

Eveillât mes premiers désirs.